Archive for the 'Musique' Category

John Coltrane : “My Favourite Things” : le champion poids-lourd.

The Heavyweight Champion : le Champion poids lourd.

C’est le surnom qu’ont donné à Coltrane les amateurs de jazz des années 60. Sachant également qu’il est vénéré comme un véritable saint par une église d’Harlem qui considère sa carrière de saxophoniste génial (détruit par la drogue, l’alcool et l’appel des plus hautes sphères mélodiques) comme une vie mystique semblable à un chemin de croix.myfavouritethings1.jpg

Une chose est sûre : Coltrane fait l’unanimité.

Perso, j’ai quelques réticences avec Miles Davis (la plupart du temps, je trouve son son glacé et artificiel mais bon, je dois me tromper) et je n’ai jamais rien compris à Charlie Parker qu’on ne cesse de me recommander.

Mais Coltrane, c’est autre chose. Une autre dimension peut-être.

Ce type s’adresse à tout le monde, même aux ignorants en jazz : c’est de la musique universelle. Un peu comme Bach. Chacun peut le suivre dans ses longs titres (le morceau My Favourite Things, qui donne son titre à l’album,  dure 13 minutes sur le CD; les versions live dépassent 20 minutes). Chacun peut y coller ses délires.

En ce qui concerne l’album proprement dit, il faut rappeller qu’il a été enregistré en trois jours en octobre 1960 avec un trio mythique qui suivra Trane dans de nombreuses aventures et expérimentations.

Trane joue, sur les 4 titres de l’album, du saxophone soprano (sachant qu’il joue habituellement du saxo ténor). Cet instrument lui permet de trouver des sons originaux qui rappellent les improvisations africaines, arabes et indiennes. L’Afrique et le metissage (musical et culturel) seront les grands thèmes de Coltrane qui tentera d’unir l’humanité dans un même culte spirituel (avec des albums comme Love Supreme).

La démarche peut sembler ambitieuse mais justement, la musique de Coltrane a les moyens de ses ambitions et certains morceaux notamment en live flirtent  avec le sublime et la grandeur de la musique sacrée europèenne.

Bref, si vous voulez découvrir le jazz, tout le jazz, n’achetez pas une anthologie à la con, dégottez-vous My Favorite Things. Si vous ne devez écouter qu’un CD de jazz dans votre vie, faut que ça soit celui-là…

En vidéo : My Favorite Things, titre qui a donné son nom à l’album le plus célèbre de John Coltrane, interprété en 1960 pour une émission télévisée.

Trane est au saxophone soprano. McCoy Tiner au piano,  Elvin Jones à la batterie et Steve Davis à la basse (ou est-ce Jimmy Garrison ?).

Il faut savoir que “My Favourite Things” est initialement une valse chantée, écrite par Richard Rogers et interprétée au cinéma par Julie Andrews dans une comédie musicale du même nom.

Notez que Coltrane a transformé un morceau de musique populaire purement américain en titre jazz légendaire aux connotation afro-arabes (son nasillard du saxo qui mime un instrument du Maghreb). 

Admirez le travail.

Herbert : “Bodily functions” : l’électro-jazz charnelle.

Bodily functions, (fonctions corporelles) paru en 2001 est un de mes albums de musiques préférés, tous genres confondus.

Six ans après sa parution, il n’a pas pris une ride. On ne peut pas en dire autant de toute la production électro. Et même si, par la suite les expérimentations (un peu branchouilles) de Matthew Herbert m’ont laissé de marbre, j’ai toujours considéré Bodily functions comme un chef d’oeuvre peu, ou pas assez, connu.

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Il y a de magie dans cet album. Et par définition, la magie, ça s’explique pas : ça s’écoute au casque et ça vous tient compagnie. Comme une présence humaine. Et justement la magie est là : dans l’humanité de ces 14 titres, pour la plupart des chansons.

L’humanité ? Oui. Et elle s’exprime d’au moins trois manières.

D’abord c’est la voix classe de Dani Siciliano, la muse désabusée, l’amoureuse d’Herbert, que la musique semble sonder jusqu’aux tripes : les bruits (naturels) d’estomacs en digestion ou de sang claquant dans les veines qui parsèment l’album paraissent provenir de son corps.

Ensuite, c’est le refus dogmatique d’Herbert d’utiliser des sons numériques : pas de samples, pas de boîtes à rythmes, etc… Que du vrai, de l’analogique, du réel et… de l’aléatoire : des vagissements de bébé, des organes humains bruyants et même le son d’une souris qui traverse le studio d’enregistrement. De l’anti-électro-techno, quoi.

Enfin, et ce n’est pas le moindre, la relation humaine est au centre de l’écriture des chansons. La pochette du CD est claire là-dessus : Bodily Functions raconte une histoire d’amour ou en tout cas de couple. Cela donne des chansons où le “you” est omniprésent par… son absence. Les titres sont éloquents  I don’t see you, ”je ne te vois pas”  ( I dont see you/How I’m supposed to/When you are close to me/I don’t hear you….) ou encore You’re unknown to me, “tu es un inconnu pour moi”. Le CD est tout de même l’occasion d’une découverte (auditive) puisqu’il finit sur le bien-nommé The Audience, “l’audience” (au refrain entêtant et clair : move with me) : on est prêts à s’écouter, voire à s’aimer.

Bref une voix sensuelle et fragile, la recherche et la création de l’autre dans/par le corps, des chansons parfaitement construites et entraînantes… Que demande le peuple ?

A écouter… en automne !

Vidéo de The Audience, dernière chanson de l’album et peut-être la plus rythmée.

Chanson d’amour, de complémentarité et d’amitié. Les différences comme moteur, comme mouvement et  rythme. Bodily fusions ?

Extrait des paroles éloquentes :

You are my flesh
You are my bones
You are endless shifting tones
You are my eyes you are my ears
You are the salt within my tears
You are my noise you are my sound
You are the dark and shifting ground
You are my yes you are my no
You are rarely wrong i know

So move with me
With me removed

Anthologie classique pour débutants, fauchés et speedés : CD1

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L’idée, c’est que lorsque l’on veut découvrir une musique, en l’occurence la musique classique,  on a l’embarras du choix tant chez le disquaire (neuf ou occasion) qu’en médiathèque.

C’est là qu’on est content de trouver des “anthologies”, terme noble pour… compilations.

Les maisons de disques se frottent les mains (c’est ne pas cher à produire puisqu’on reprend des titres déjà publiés et rentabilisés; de plus, ça se vend plutôt bien puisqu’on peut toucher un large public).

Les puristes, en général, n’aiment pas les compils : ils les trouvent superficielles, inégales, incomplètes et convenues. Entre autres.

Mais pour les béotiens (comme moi!), c’est parfait !

D’abord, c’est une sélection de morceaux variés célèbres et incontournables par lesquels il est bon de débuter son initiation. Ensuite, c’est rapide : pas besoin de se taper tout une symphonie ou un opéra inconnu pour repérer un passage qui nous touche. Enfin, les pochettes sont claires et distinctes : on peut mémoriser précisèment les titres appréciés (et accessoirement répondre enfin avec des noms à la question : “t’aimes/t’écoutes quoi en classique ?”) et rechercher l’oeuvre complète en cas d’affinités.

Donc, dans la famille compil chic et pas cher (50 titres; 2 CD; 14 euros mais je l’ai eue à 7 euros lors d’une affaire de FNAC), je conseille “La légende du classique” chez Deutsche Grammaphon (label prestigieux et rassurant pour le débutant). Les musiciens et chefs d’orchestre de la compil sont des grands noms impressionnants pour le grand public : Karajan, Rostropovitch, Richter…

Le CD1, “Passion”, reprend en majorité des extraits de symphonies ou d’Opéra.

La plupart des airs vous disent quelque chose (pubs et cinéma) et les mélodies sont aisées à retenir. Je craque particulièrement pour le Boléro (déjà dit),  Carmina Burana (classique des classiques), le Lac des Cygnes, la Marche de Radetsky et le Requiem de Mozart. Mais tout le CD s’écoute aisèment et on est dans l’archiconnu qui mérite d’être redécouvert.

Cependant, j’ai fait une petite/grande découverte :  la “danse rituelle du feu” de Manuel de Falla :

 

La jeune violoncelliste virtuose Han-Na Chang interprète (premier titre) la Danse rituelle du feu (titre sensuel et sensuellement interprété…) extrait de l’Amour Sorcier de Manuel de Falla.

Je ne suis absolument pas spécialiste mais il me semble que c’est une interprétation stimulante et inspirée.

Bravo Mademoiselle Chang !

Smetana, “La Moldau”: le classique, pour les nuls… comme moi

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Oui, oui, je suis une bille en classique.

Mais bon, je me soigne… à haute dose.

Mon traitement estival comprend des compilations (dont je reparlerai) et des airs obsédants comme la Moldau de Smetana (extrait de Mà  Vlast, “Ma patrie”, 1879).

Cette oeuvre, “un poème symphonique”, très accessible, est souvent présentée comme un des hymnes nationaux tchèque. Elle a contribué à l’affirmation nationaliste et artistique de la Bohême contre l’occupant allemand.

Pourtant, cet hymne est sans paroles (à comparer avec La Marseillaise ou le God save the Queen) .

Et c’est ce qui fait le génie de Smetana : il “parle” de son pays, de son sol sans aucun mot.

C’est les notes de musique elles-mêmes qui décriront les paysages. Ainsi sa symphonie est terrienne et mélodique : concrète et abstraite. Charnelle et impalpable.

Plus précisèment, la Moldau est le nom d’un fleuve qui traverse la Bohême.

Et voici comment en parle, Smetana (extrait du livret du cd, légérement remanié) :

“La composition décrit le cours de la Moldau, les deux sources et la traversée de forêts et de prairie. Dans un la lumière argentée du clair de lune dansent des nymphes; forteresses, châteaux, ruines sont admirés au passage. Mugissements et tourbillons des rapides. Le large fleuve suit son cours vers Prague et se perd, majestueux, dans le lointain, vers l’Elbe.”

Voilà en vidéo une interprétation de la Moldau : vous laissez pas impressionner par le décorum et l’Orchestre symphonique.

Fermez les yeux, si ça vous fait flipper…

Peut-être que ça vous permettra de mieux apprécier ce morceau parfaitement envoûtant.