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“Garde du corps” : Kurosawa invente le samouraï-cool

En 1961, sort Yojimbo (le Garde du corps, en français) de Kurosawa, avec l’élègant Mifune dans le rôle de Sanjuro. Ce film sera adapté par Sergio Leone et deviendra Pour une poignée de dollars.

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Je ne suis pas inconditionnel du cinéma japonais mais là, faut avouer, c’est un film particulier, très attachant, hors des clichés du genre.

L’histoire : au XIXème siècle, Sanjuo, un ronin (c’est-à-dire un samouraï au chômedu) se retrouve dans un village en guerre où s’opposent cruellement la bande du marchand de Saké et la bande du marchand de soie. Entre les deux, la police et la mairie sont débordées et hypocrites.

Sanjuro va tenter, sans scrupule, de vendre ses services à chacune des bandes. Puis il va intervenir pour libérer une femme prise en otage, ce qui va lui côuter cher physiquement.  Mais il aura la force et l’occasion de régler ses comptes et de sauver les deux braves types qui l’ont toujours aidé (un tonnelier et un aubergiste : deux personnages pittoresques qui valent le détour).

Le film est… burlesque : aidé par des acteurs offrant des “tronches” inoubliables, on se croirait dans un western ou dans un Lucky Luke nippon. On balance constamment entre grotesque, dénonciation de la cupidité et générosité grandiose.

Le personnage de Sanjuro rassemble tous ces paradoxes : il semble perdu, hésitant et parfois cynique. Mais en même temps, c’est un samouraï dans l’engagement ne peut être vénal : son statut nécessite une forme de noblesse de sentiment.

Mais c’est justement ce statut du samouraï qui est en jeu.

Ainsi, au XIXème, les temps changent au japon : les armes à feu font leur apparition. La priorité est donnée au développement économique et à la prospérité. C’est le temps des marchands, du marchandage voire de la corruption (scènes de l’accueil du Haut Fonctionnaire). L’argent est une obsession permanente, même pour notre héros.

Bref, les temps ne sont plus héroïques : Sanjuro est même passé à tabac par un pauvre roturier. Une chose inimaginable pour un samouraï.

Après cette mort sociale et symbolique, il ne reste plus que la quête de la Rédemption au péril de sa vie.

Sanjuro, va affronter le révolver (les temps modernes) brandit par un des voyous, afin de sauver ceux qu’il estime encore : les vieux artisans qui l’ont aidé à survivre.

Ce film mêle grandeur et farce. Certains le qualifie de Shakespearien. Ils n’ont sûrement pas tord quand on sait que Kurosawa va, un jour, réaliser Ran.

En extrait, la bande-annonce du film, assez sympa, sous-titrée en anglais.

Loulou : volupté ou morale ?

Loulou de Pabst (1929; titre original : “Die Büsche des Pandora”, la boîte de Pandore) est un film culte.

L’héroïne de ce chef-d’oeuvre, incarnée par l’inoubliable Louise Brooks, est considérée comme une icône de la libération de la femme et de ses désirs. D’autres y voient un symbole d’une révolte libertaire et hédoniste contre l’Allemagne corrompue des années 20.

Ces analyses me semblent pertinentes, voire évidentes, mais dans une certaine mesure loulou.jpgincomplètes.

Mais résumons l’histoire sommairement :

Loulou est la maîtresse puis l’épouse légitime du riche Schön. Celui-ci la surprend avec son propre fils, Alwa, dans une situation compromettante. S’ensuit une dispute violente au cours de laquelle Loulou tue son mari.

Elle fuit l’Allemagne en train avec Alwa mais un comte italien, Casti-Priani, la reconnaît et menace de la dénoncer. Celui-ci les mène sur un bateau-tripot. Là, Loulou retrouve son supposé “père” (Schigolsh), l’accolyte de celui-ci (Rodrigo) et une comtesse lesbienne (Geschwitz), follement amoureuse d’elle.

Pendant qu’Alwa se ruine aux cartes, notre héroïne est vendue à un égyptien par Casti-Piani. Le couple, accompagné de Schigolch, fuit à Londres où Loulou, misérable est obligée de se prostituer pour survivre.

Un soir, elle s’offrira gratuitement et volontairement à un inconnu : Jack l’éventreur. Celui-ci succombera à la tentation et assassinera Loulou.

En extrait, voici la fameuse scène du baiser avec Schön.

Loulou refuse d’aller danser, il tente de la convaincre. Le couple d’amants se bat puis s’embrasse mais…. la fiancée aristocratique de Schön apparaît accompagnée d’Alwa. Schön est pris la main dans le sac et se voit contraint d’épouser Loulou… pour lui, c’est le début de la fin.

De manière générale, il m’apparaît que Loulou n’est pas tant un film sur le désir et le plaisir, qu’un film picaresque à tendance morale.

Lorsque l’on regarde de près les relations de Loulou avec les hommes, on constate que toutes sont conditionnées soit par l’argent soit par un rapport de force (plus ou moins latent). C’est le cas avec Schön, avec Alwa, avec le comte italien (et “son client” égyptien) mais aussi avec Rodrigo (menaces physiques) et même Schigolsh (son faux “père”, son “premier mécène”-client, qui a sûrement abusé d’elle lorsqu’elle était enfant).

Il n’y a là aucun désir : juste des relations utilitaires où elle mime le plaisir telle la prostituée qu’elle est.

De la même manière, il n’y pas de sentiment, juste une comédie des sentiments dans laquelle Loulou joue alternativement le rôle de la Femme fatale et de la Femme enfant, toujours pour obtenir quelque chose.

C’est là qu’intervient la notion de “picaresque” : les aventures et les tribulations (amoureuses, judiciaires, géographiques,…) de Loulou tendent,  non pas vers un apprentissage, mais plutôt vers une morale.

Et il suffit de rappeler que la seule personne pour laquelle elle éprouve une attirance gratuite est… un tueur : Jack l’éventreur.

C’est bien sûr les noces d’Eros et de Thanatos. Mais c’est surtout le châtiment de l’unique sentiment désintéressé qu’éprouve notre héroïne.

Autrement dit, Loulou n’aime personne gratuitement. Elle manipule. Et elle se perd lorsqu’elle suit ses pulsions… de mort et d’amour.

La Femme se perdrait donc lorsqu’elle accepte ses pulsions et se sauverait lorsqu’elle accepterait sa prostitution comme une force ?

Je vois dans cette conclusion plus une vision moralisatrice (et cynique) qu’une libération féministe sensuelle…

Si quelqu’un a une idée…

Lubitsch’s touch : “Cluny Brown”

En Français, le titre du film est : “La folle ingénue”.

Le DVD est disponible en ce moment avec quelques bonus (dont un commentaire du film de très bon niveau, des interviews de réalisateurs et quelques photos cartonnées sous plastique).

Un petit bijou, ce film.

L’intrigue : en 38, à Londres, un immigré tchèque anti-nazi, le Professeur Belinski, tombe clunybrown1.jpgamoureux d’une très jolie servante, passionnée de plomberie, Cluny Brown. Cela se passe dans une vieille Angleterre aristocratique, aux castes bien établies, où chacun doit “connaître sa place” (expression de l’Oncle de Cluny).

Il s’agit donc de désir, de plaisir, de classe sociale, de conventions, de déracinement géographique (Belinski fuit son pays et part en Amérique à la fin) mais aussi de psychanalyse.

Car les problèmes domestiques de plomberie (dont raffole Cluny) forment plusieurs métaphores originales (et poilantes) : celle du désir refoulé, celle d’une société bloquée dans ses usages, mais aussi celle d’une Europe en panne devant le danger nazi.

Mais toutes ces interprétations sont un peu vaines : Cluny Brown est avant tout un feu d’artifice de dialogues, de jeu d’acteurs, de mise en scène, d’humour, d’allusions grivoises ou ironiques.

Ce film date de 1946 et pourtant, on ne s’ennuie pas un instant tellement le scénario est vif et les personnages attachants.

Tous sont d’ailleurs complexes, aucun n’est superficiel : les domestiques revendiquent leur soumission, Belinski est un escroc délicat mais assumé, la mère aristocrate paraît idiote mais développe une remarquable intelligence du coeur au bon moment, etc….

Un film qui rentre dans mon Panthéon.

Lubitsch est un géant.

Court-métrage à un million de dollars qui exprime la maîtrise et l’insolence du Maître :

Flesh : Joe Dallesandro : premier homme-objet bisexuel ?

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La photo représente la couverture du premier album des Smiths (The Smiths) sorti en 1984. Elle reprend une image de Joe Dalessandro tirée du film Flesh (1968), réalisé par A.Warhol et Paul Morrissey (à ne pas confondre avec le… Morrissey chanteur des Smiths. L’homonymie est un pur hasard).

Avant d’être une icône gay (ou bi), Dallessandro a d’abord été un membre de la Factory où son corps d’athlète et sa beauté firent chavirer les coeurs des hommes et des femmes. Il devient rapidement la star warholienne par excellence et tourna plusieurs films arty (les plus connus sont Flesh et Trash). Ces films new-yorkais, ultra-intimistes et statiques, seront classés “expérimentaux” : plans fixes, dialogues minimums, répliques crues (”Can I suck your cock?”) et nudité quasi-intégrale des acteurs.

Dans ce cadre, Joe Dallesandro et son physique d’Apollon, crève l’écran. Il est défoncé lors des tournages (coke/héro) et cela renforce son côté complétement largué.

Son flegme, son élocution blasée et sa patience en font ainsi un acteur parfait pour ce type de film au scénario à encéphalogramme plat.

Mais ces caractéristiques lui permettent surtout une chose : d’être considéré comme un simple corps, comme un simple objet de désir sexuel. Dès 68, Dalessandro a incarné l’homme qui se laissait faire, qui subissait le désir au lieu de l’éprouver.

On a souvent dit qu’il annonçait le “métrosexuel”, beau et passif, type David Beckham. Ce n’est pas faux.

Mais moi, il me rappelle surtout les héros drogués et perdus de Less than zero de Bret Easton Ellis.

A noter : Joe Dallesandro est né en 1948. Il est aujourd’hui vivant et en bonne santé. Il a survécu aux excès des années Factory, ce qui est une forme d’exploit.

En 1975, il a joué dans Je t’aime moi non plus de Serge Gainsbourg.

Il est toujours acteur et tourne régulièrement.

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