Abreuvons nos sillons

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Lorsque le roman s’ouvre, Cissé, un jeune homme d’origine africaine, meurt lynché lors d’une mutinerie en prison, pour avoir tenté de protéger le directeur.

Sa mort est donc la conséquence de la plus «mauvaise idée de sa vie» : sauver un être humain. 
Mais justement cette vie, comme on va le découvrir dans le flash-back que constitue ce roman, n’a été placée que sous le règne de la violence.

Cissé raconte sa courte histoire, entre 16 et 20 ans, son histoire de «monstre».
Depuis toujours, une Voix l’habite, «peut-être ma conscience, peut-être mes remords, peut-être ma folie, peut-être Allah» écrit-il.
Extrait :

Ça brûlait.
Ça illuminait les immeubles de la cité. Je n’étais pas étonné. Personne n’était étonné. Parce que le feu est partout. Dans la monotonie, dans la nausée, dans la glande. Dans la folie des gens qui disent une chose et en font une autre. Le feu est là, dans chacune des choses. Et il n’y a qu’à attendre lentement que les braises deviennent des flammes et que les centres commerciaux se consument en cendres. Et ce feu-là, celui qui éclairait le monde depuis toujours, était en moi. Il ne demandait qu’à s’allumer.
Je me suis couché en regardant ça et je crois bien que ce fut la pire nuit de ma foutue vie. Mais aussi la plus paisible, dans la mesure où j’ai compris en observant cette misère que tout était définitivement fini pour moi. Les dés avaient été pipés et jetés. Je n’avais jamais vu d’incendie auparavant. Mais tout ce que je comprenais, c’était que ces flammes-là brûlaient en moi depuis longtemps. Depuis toujours peut-être.
Sur le Coran, c’est très étrange ce genre de nuit, entre le feu, les camions de pompiers, les cris et les coups. Les flammes de l’Enfer, c’est l’endroit où brûlent les bâtards. C’est la punition du sang impur, des crevards et des vilains. C’est pour ça qu’il y a toujours quelque chose qui flambe quelque part en France. Des bagnoles, des collèges, des gymnases, des écoles maternelles, des forêts. Les gens se savent impurs. Tout ce qu’ils veulent, c’est une forme de purification. Rien ne vaut les flammes lorsqu’on veut éradiquer un virus. Il nous restait que ça, en fait : la purification par le feu.
C’était  ça : aussi sûrement que la pourriture qui est en nous, la flamme de la destruction doit brûler notre péché. Celui d’exister.”

Présentation d’Abreuvons nos sillons adaptée du site lechoixdeslibraires.com