Le “Folksongs recital” d’Alfred Deller : une pépite du coffret du 50ème anniversaire d’Harmonia Mundi
décembre 22nd, 2009 § Laisser un commentaire
Après deux ans d’usage (et pas vraiment de retard), voici un bref compte rendu du superbe coffret du 50ème anniversaire du label Harmonia Mundi paru en 2007 (tous les détails ici).
Il m’a bien fallu deux ans d’écoute (très irrégulière, je l’avoue) pour faire, à peu près, le tour de ce somptueux coffret et savourer des beautés inaccessibles à mes oreilles… à la première écoute.
Plusieurs chocs musicaux dans ce coffret, donc.
Par exemple, et pour commencer par ce qui m’a initialement marqué : du Schubert avec la saisissante Fantaisie en Ut mineur (par I. Faust et A. Melnikof) et l’époustouflante et ultime Sonate D. 960 (par Paul Lewis) qui est, à mon sens et selon certains commentateurs, un des sommets des sonates pour piano.
On trouve d’autres très belles choses.
Pour Bach, La Passion selon Saint Matthieu par Herreweghe et une version à la viole de L’Art de la Fugue (généralement interprété au piano à ma connaissance) par l’ensemble Fretwork. Pour Mozart, la Symphonie n°38, « Prague » dirigée par René Jacobs, accompagnée sur le même CD du Concerto pour violoncelle et orchestre, Hob.VIIb-1 d’Haydn où rayonne le brillant Jean-Guihen Queyras (que j’ai découvert à cette occasion). Sans oublier deux joyaux modernes de Janacek : les pièces pour piano, délicieusement dépressives, de Sur un sentier recouvert par Alain Planès et le Quatuor à cordes n°2 (Lettres intimes) par le Melos Quartet qui mêle tension dramatique, énergie et atmosphère mystérieuse.
La liste des belles rencontres pourrait encore s’allonger avec des œuvres de Beethoven, Liszt, Couperin, Lully, de la musique sacrée et médiévale…
Mais si je dois en sélectionner une dernière, je ne peux manquer d’évoquer le Folksongs Recital du contre-ténor Alfred Deller (accompagné de son fils Mark) qui est discrètement dissimulé sur le deuxième CD du King Arthur de Purcell.
Le Folksongs Recital se compose de seize chansons traditionnelles (et peut-être populaires) anglaises datées du XIIIème au XVIIème et dont l’auteur est souvent anonyme. L’accompagnement, généralement minimal (luth ou guitare), met parfaitement la voix de l’interprète en valeur, cette voix se mettant elle-même au service d’une petite histoire au symbolisme simple (nymphes, biches, corbeaux, pommes d’amour, chevaliers…) mais à l’effet poignant.
Des chansons, devenues des classiques anglo-saxons, comme Lord Randall (où une mère s’adresse à son fils empoisonné par sa bien-aimée) ou The Foggy, foggy dew (où un célibataire se souvient d’étreintes amoureuses hivernales) véhiculent une poésie concrète, profonde, inaltérable que la voix du Maestro Deller fait revivre avec une émotion intacte.
Voici les premières paroles de Lord Randall, accompagnée d’une vidéo au mauvais goût psychédélique glanée sur le Web :
Where have you been all the day, Randall, my son?
Where have you been all the day, my pretty one?
I’ve been with my sweetheart, mother:
Make my bed soon, for I’m sick to the heart,
And I fain would lie down.
Bref: un coffret de 29 CD aux pochettes originales et impeccables (des chefs d’œuvres de la peinture, toujours bien choisis) comprenant en plus un CD-Rom regroupant les textes des œuvres chantées (au formant pdf) et un petit livret de 147 pages de présentation critique des disques.
Deux ans après, il n’est pas trop tard pour se procurer (ou se faire offrir) ce petit trésor musical qui offre un parcours de premier choix à prix plutôt abordable (environ 60 euros).