Pollock et le chamanisme : Portrait du Peintre en Primitif

Petit détour par l’exposition « Pollock et le chamanisme » à la Pinacothèque de Paris  jusqu’au 15 février 2009.

 

pollockuntitlediv1Autant le dire tout de suite : cette exposition intéressante est plutôt destinée aux admirateurs (dont je fais partie) de l’Artiste. Il me semble que pour en profiter, il faut déjà connaître (et, bien sûr, apprécier) un minimum l’œuvre de Pollock (qui est, pour faire court, le plus grand peintre abstrait américain).

 

L’exposition, réussie, ne propose d’ailleurs qu’un nombre restreint d’œuvres du Maître. Elles sont accompagnées, en guise d’illustrations, de diverses oeuvres d’arts premiers (statues de totem, amulettes, masques…) et de toiles d’André Masson (peintre abstrait français contemporain de Pollock).

 

L’objectif, atteint, de l’exposition est assez clair : nous montrer l’influence du chamanisme sur l’œuvre de l’inventeur du Dripping (en bref : technique, inspirée des indiens d’Amérique, qui laisse la peinture s’écouler/s’égoutter aléatoirement sur une toile étendue par terre).

Ainsi les toiles de Pollock « ne sont pas seulement des œuvres purement abstraites , mais aussi des oeuvres symboliques avec des éléments de référence au chamanisme et aux rituels chamaniques ».

Ces références sont d’autant plus incontestables que Pollock s’est intéressé de très près aux arts et peuples premiers, notamment amérindiens.

 

Mais comment s’opère cette influence ?

A mon sens de deux manières : par la fusion et par le mouvement.

La fusion, c’est d’abord celle de l’homme et de l’animal (la toile « Man, Bull, Bird » représente une scène de sacrifice où les deux éléments se mêlent), voire celle de l’homme et de la femme (dans « Composition on paper », la fusion du masculin et du féminin rappelle les théories jungiennes de l’animus/anima).

C’est aussi la fusion qu’implique la représentation totémique. Ainsi la verticalité d’une toile comme « Birth » superpose des visages grimaçant mi-humains, mi-animaux qui expriment la renaissance de la psyché sous différentes formes vivantes complémentaires. Ce motif est directement inspiré des Totems des peuples premiers.

 

Le mouvement, parfaitement illustré par les vidéos de l’exposition, semble être celui de la transe chamanique.

Libéré de son chevalet par le dripping, la main mobile du peintre erre sur la totalité de la surface de la toile (c’est la technique du « all over »). Les formes suggèrent une danse universelle où une foule de silhouettes dynamiques, multicolores, reliées et superposées miment une explosion de vie universelle, comme ci-contre « Untitled vertical IV ».

 

Le chamanisme, mélange de vie et de sacré, semble effectivement à l’origine du travail de Pollock : il dépasse la figuration et le géométrique pour ne voir que l’énergie explosive du vivant, toujours renouvellée, toujours différente. D’ailleurs, pour l’amateur, les toiles de Jackson ont toujours eu quelque chose de magique.

 

Noces de l’homme et de l’animal, de l’homme et de la femme, du primitif et de l’abstrait,  du mouvement et de l’immobilité : seul les audaces extrêmes de l’humanité créative peuvent résoudre ces contradictions… qui ne sont antinomiques qu’en apparence.