Mercredi soir, Daniel Roger, conservateur du patrimoine au Louvre nous a proposé un superbe cours sur l’Art romain (plutôt centré sur la sculpture).
Cette séance ne manquait ni d’humour ni d’intelligence ni d’images ni de précisions. Bref un vrai festival et un grand moment d’apprentissage.
Je ne vais pas refaire le cours mais la conclusion de Roger est la suivante : l’Art Romain n’est pas hétéroclite (dans ses influences et réalisations) mais il est polysémique (c’est-à-dire qu’il a plusieurs significations).
Grosso modo, l’Art romain antique est moins raffiné que l’Art grec, mais ce n’est pas un hasard. Le destin de Rome est bien plus chaotique… politiquement et géographiquement.
De l’influence étrusque (la civilisation qui occupait la péninsule italienne juste avant les romains) et hellénistique jusqu’à l’ère chrétienne, la sculpture romaine s’est constamment adaptée à la réalité sociale du moment.
Là où les grecs sculptaient des divinités hiératiques intemporelles, Rome montrait des hommes, idéalisés certes, mais toujours impliqués dans la vie de l’Urbs.
L’Art Romain n’est donc pas religieux, ou pas seulement : il est éminemment politique et flirte avec la propagande.
Cette inscription de l’Etre dans le temps et le monde est flagrante dans les les bustes (que Roger appelle des « portraits »). Les visages des patriciens montrent des valeurs morales républicaines : dignité, gravité, austérité, frugalité. Les femmes manifestent par les détails de leur coiffure leur proximité avec la cour du nouvel l’empereur.
Et il en sera ainsi jusqu’au IV ème siècle après J-C : le moinde détail d’une sculpture est signifiant et exprime une volonté politique. Une chevelure évoque Alexandre le Grand et la Grèce antique; une barbe, la philosophie stoïcienne; un regard, le pouvoir militaire et des sandales impériales, le goût du monarque pour… la boxe (pugilat).
Bref, l’art romain n’est que politique, l’humain y est toujours lié au divin et la sculpture d’Auguste ci-dessus le montre bien.
Auguste aux traits apolloniens idéalisés, au drapé et à la posture grecques, marque son appartenance à la famille de Julius César à l’aide du petit Eros qui renvoie à Vénus, l’ancêtre mythique de la dysnatie des Julii. Et les détails grandioses de son armure narrent la récupération glorieuse (sous les auspices de multiples divinités) des enseignes romaines dérobées puis rendues par les Parthes.
Tout a un sens, rien n’est laissé au hasard et c’est justement ce César Auguste qui a institué la propagande politique artistique pour installer son règne impérial. Cette profusion de significations contemporaines semble avoir saturé la création artistique romaine.
Là où les grecs visaient l’Essence et l’Idéal, les romains sont restés républicains et… si humains.
