“Deadwood” : “You fucking cocksucker” : la préhistoire des Etats-Unis.
janvier 19th, 2008 § Laisser un commentaire
Si un jour, on m’avait dit que je regarderais une série américaine avec intérêt pendant des heures et, qu’en plus, j’adorerais ça…
C’est pourtant ce qui arrive avec Deadwood (adaptation du roman de Pete Dexter), série aux nombreuses qualités qui ne manquent pas de poser des questions intéressantes sur l’actualité et l’Histoire.
La série raconte l’évolution de Deadwood, une ville minière champignon du Dakota, à partir de 1876, en pleine ruée vers l’or.
Des quatres coins de l’Amérique et du Monde, on accourt dans cette ville pour les pépites, l’argent et plus rarement pour l’amour. Dans cette ville, réduite à sa rue principale (comme dans tous les bons western), on se bat, on se tue et on s’anarque. Tout ça sous la houlette cruelle de Swearengen le patron de la pègre locale.
Car à Deadwood, certains s’enrichissent par la prospection minière, d’autres par le commerce. Mais le meilleur moyen de toucher le gros lot, c’est de vendre de l’alcool, des femmes (“you want some pussy ?”), de l’opium, du poker et de tuer pour spolier.
Cette ville franche, sans loi ni existence officielle, attend son intégration légale dans les Etats-Unis d’Amérique. Elle nous est d’abord montrée comme un véritable far west où régne la loi du plus fort et surtout du plus fourbe.
Mais progressivement, afin de protéger le business et d’assurer l’inclusion aux US, un semblant d’organisation politique s’organise. Deadwood élit un maire fantoche (aux mains de Swearengen) et désigne un conseil municipal (corrompu) où se cotoient tous les personnages complexes de la série.
Que faut-il en déduire ?
Et bien, entre trahisons, meurtres horribles, insultes et menaces, Deadwood rejoue la naissance des Etats-Unis. Ce jeu constant entre le cynisme de l’argent et le besoin d’équilibrer les rapports de force pour que le business continue rappelle parfaitement la naissance des USA. Un mélange de cowboys, de mafieux et de commerçants (le premier vrai sheriff de Deadwood sera d’ailleurs un épicier) tente de vivre ensemble et d’adorer tant bien que mal le Dieu-dollar.
Car Dieu a déserté la ville : il n’y a qu’un pasteur illuminé et fou qui finira très mal et dont les propos sont incompréhensibles. Tout comme la parole biblique est incompréhensible à ces hommes rendu fous par la quête de l’or.
Bref Deadwood est pour les américains des années 2000, ce que Les rois maudits étaient pour les français des années 60-70 : une pré-histoire nationale faite de violence, de spoliation et de magouilles.
Un monde d’avant la nation que l’on préfère oublier même si sa violence et son avidité perdure jusqu’à aujourd’hui…
Une des réussites de Deadwood réside dans la complexité des personnages.
Aucun n’est vraiment bon, aucun n’est absolument mauvais.
Les justiciers veulent s’enrichir plus ou moins honnêtement et sont prêts à quelques compromissions.
Les malfrats sont pourris, mais leurs monologues (et leurs dialogues) nous rappellent qu’ils sont le fruit d’une histoire (et de l’Histoire) où le culte de l’Or et du Roi dollar vaut toute les compromissions.
Dans cet extrait-vidéo, Swearengen, le “héros” de Deadwood, l’ordure absolue de la ville, nous en dit un peu plus sur sa vie : orphelinat et maisons closes, prostitution de sa mère, vision de l’homme (“un homme, ça suçe pas son pouce”) et machisme total (la fille n’a pas le droit à la parole : suçe et tais-toi).
Bref, une vraie confession sur l’oreiller. Swearengen en a gros sur le coeur (mais a-t-il un coeur ?) parce que sa pute préférée (dont il est amoureux) l’a largué.
Tristesse+whisky= psychothérapie sauvage, semble-t-il.
Et on découvre le passé de notre salaud préféré.
Derrière ça, on s’interroge : est-on un salaud de naissance ? Ou le devient-on par les circonstances ? C’est le problème de la culpabilité (dans un monde de peine de mort et d’éxécutions sommaires) qui affleure dans cette scène d’un romantisme délicat.