« De l’indigène à l’émigré »: un joli bouquin plein d’images… flippantes.

indigeneimmigre.jpgComment comprendre la France de 2007 ? Comment comprendre la France de 2057 ?

En étudiant l’Histoire autrement. Sous un autre angle. Avec un regard neuf et lucide.

Depuis les mouvements féministes du XXème siècle, on sait que l’Histoire doit être récrite du point de vue des femmes qui jusque là formaient un continent noir historique.

Pareil pour les homosexuels : les gender studies essaient d’aborder l’Histoire (et l’actualité) occidentale à partir du point de vue des minorités sexuelles, acceptées (parfois) ou rejetées (souvent).

Il en est de même pour la figure de l’immigré, ex-indigène, c’est-à-dire ex-colonisé.

Des premières Croisades à la guerre d’Algérie en passant par la découverte de l’Amérique, l’indigène est l’Autre de la pensée et de l’Histoire. Un vrai continent noir pour le coup.

Dans De l’indigène à l’immigré, paru en 98, Blanchard (qui publiera l’ouvrage décisif La fracture coloniale) et Bancel proposent un livre très grand public, très accessible et très bien illustré (c’est le principe de la collection Découvertes Gallimard, à 12 euros l’exemplaire).

Le sujet de l’essai est assez simple : comprendre comment l’Indigène (le colonisé, sous-citoyen opprimé, caricaturé et rabaissé par une iconographie insultante) est devenu un Immigré problématique sur le territoire de la métropole.

Blanchard et Bancel proposent clairement quelques pistes, en utilisant de superbes (et effrayantes) images d’archives : publicités, affiches, couvertures de journaux.

L’image de l’Indigène connaît au moins quatre périodes :

1. D’abord celle de la domination coloniale et raciale qui réduit l’Indigène à des traits psycho-raciaux, celle du « Y a bon banania ». C’est l’époque, à la fin du XIXème et au début du XXème, d’expansion de l’Empire Français : la colonisation doit être justifié par la domination du Civilisé sur le Sauvage.

2. L’image du colonisé s’améliore entre les deux guerres mondiales.

L’Empire a besoin de soldats et fait appel à ses colonies. Les Indigènes (à l’image dégradée) se transforment en Sauveurs de la Patrie. La France se souvient de ses valeurs universalistes quand elle a besoin de chair à canon : les Indigènes sont français (sous-citoyens sans droit de vote). Les images de propagande souligneront le courage au combat des Indigènes.

3. Dans les années 45-60, le « lobby colonial » souligne les bienfaits de la colonisation et l’apport de celle-ci. Des slogans de propagande (« Trois couleurs, un drapeau ») essaient de calmer les revendications des peuples indigènes (qui prennent conscience de leur domination) et justifient la colonisation auprès de la métropole (richesse territoriale) en pleine guerre froide.

4. Avec l’après-guerre et la croissance économique des Trente Glorieuse, la France a besoin de main-d’oeuvre qu’elle recrute dans ses ex-colonies. Se développe une image de l’Immigré qui reprend les traits de l’Indigène des années précédentes ou, en tout cas, se définissent autour de ces clichés. En gros, l’image de l’Immigré des années 2000 est tributaire de l’image de l’Indigène de 1931. 

Blanchard et Bancel parlent de « continuum des stéréotypes ». Et ils concluent :

« Derrière le discours sur la « fracture sociale » se cache une fracture plus profonde, à fondement colonial, dont les banlieues ne sont que la partie visible. »

En extrait-vidéo, Karembeu, Champion du Monde de Foot 98, chez Fogiel (désolé, j’ai rien de mieux) qui parle de l’immense Exposition Coloniale de 1931 (34 millions de visiteurs) où la France avait exhibé des indigènes supposés anthropophages (dont le grand-père de Karembeu).

Les sinistres « zoo humains » étaient très courants en Europe au début du XXème : ils étaient organisés par les promoteurs de cirque et de zoo animaliers.

Par exemple, on mettait des jeunes noirs au bord d’un bassin exotique, on jetait des pièces et on les regardait s’ébattre dans l’eau…

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