Cinéma : “Control” : fumées noires, nuages blancs
janvier 13th, 2008 § Laisser un commentaire
Entre une vie banale et la vie d’un artiste, la différence est minime.
Cette différence s’appelle la création et elle est immense.
Il semble que Control, le film d’Anton Corbijn sur la vie et la mort de Ian Curtis, leader torturé de Joy Divison, souligne cette différence microscopique mais cruciale.
Car le Ian Curtis qui nous est présenté est un homme banal, jusque dans ses amours passionnées.
Lycéen et poète, il tombe amoureux d’une jeune fille. Celle-ci devient très vite sa femme et lui donne un enfant. Entre temps, il aura été employé de bureau à l’ANPE locale et aura débuté sa carrière musicale avec les Joy Division.
Le succès arrivant, les rencontres féminines se multiplient. Il n’assume ni son rôle de père ni celui d’époux et craque pour une jeune et très jolie brune Belge (pour laquelle j’ai aussi craqué) aux allures de femme fatale.
Sous pression artistique, affective, conjugale et médicale (Ian Curtis était rongé par l’épilepsie et son traitement pharmaceutique), le chanteur perd le contrôle de sa vie et commet l’irrémédiable.
On l’admettra : l’histoire de Ian Curtis est banale.
Le désamour marital après le premier enfant est malheureusement courant. La figure de l’homme partagé entre deux femmes aussi. Quant à la jeune star qui souffre sous la pression d’un succès inattendu, c’est presque un cliché.
Alors quoi ?
Alors, il y a la musique : la différence entre Ian et n’importe quel clampin qui subit les mêmes avanies, c’est les quelques dizaines de chansons cultes et obsédantes qu’il a laissées derrière lui. Ses souffrances existentielles les plus courantes sont sublimées par la création artistique. D’où peut-être un début d’explication de son succès : une vie middle-classe simple illuminée par un son, un rythme et une voix d’ailleurs. Le quotidien et l’extraordinaire : les deux mêlés dans un même être. Voilà la source du déchirement. Peut-être.
Le film d’Anton Corbijn associe parfaitement les deux aspects de la vie d’Ian : quotidien du mancunien des années 70-80 mais aussi envolées musicales flamboyantes (nombreuses et un peu longues parfois); vie de bureau, vie père de famille mais aussi concerts déchaînés et adultère passionné, etc…
Le tout étant exprimé par un noir et blanc magnifique et une façon de filmer quasi-photographique qui mêle gros plans sur les visages et surfaces vides (murs, fenêtres, ciels…). Rarement les images n’ont si bien exprimé l’intériorité des personnages. Au prix de scènes un peu statiques parfois…
A voir si vous aimez les longs portraits d’artistes torturés, la musique de Joy Division, les films psychologiques à l’esthétique léchée.
Attention, certaines longueurs parfois : tout le film est construit sur le personnage de Ian Curtis. Les autres font un peu de la figuration, ce qui ne permet pas vraiment de varier les plaisirs. D’où un rythme vaguement soporifique.
Je vous aurais prévenu.