Loulou : volupté ou morale ?

Loulou de Pabst (1929; titre original : « Die Büsche des Pandora », la boîte de Pandore) est un film culte.

L’héroïne de ce chef-d’oeuvre, incarnée par l’inoubliable Louise Brooks, est considérée comme une icône de la libération de la femme et de ses désirs. D’autres y voient un symbole d’une révolte libertaire et hédoniste contre l’Allemagne corrompue des années 20.

Ces analyses me semblent pertinentes, voire évidentes, mais dans une certaine mesure loulou.jpgincomplètes.

Mais résumons l’histoire sommairement :

Loulou est la maîtresse puis l’épouse légitime du riche Schön. Celui-ci la surprend avec son propre fils, Alwa, dans une situation compromettante. S’ensuit une dispute violente au cours de laquelle Loulou tue son mari.

Elle fuit l’Allemagne en train avec Alwa mais un comte italien, Casti-Priani, la reconnaît et menace de la dénoncer. Celui-ci les mène sur un bateau-tripot. Là, Loulou retrouve son supposé « père » (Schigolsh), l’accolyte de celui-ci (Rodrigo) et une comtesse lesbienne (Geschwitz), follement amoureuse d’elle.

Pendant qu’Alwa se ruine aux cartes, notre héroïne est vendue à un égyptien par Casti-Piani. Le couple, accompagné de Schigolch, fuit à Londres où Loulou, misérable est obligée de se prostituer pour survivre.

Un soir, elle s’offrira gratuitement et volontairement à un inconnu : Jack l’éventreur. Celui-ci succombera à la tentation et assassinera Loulou.

En extrait, voici la fameuse scène du baiser avec Schön.

Loulou refuse d’aller danser, il tente de la convaincre. Le couple d’amants se bat puis s’embrasse mais…. la fiancée aristocratique de Schön apparaît accompagnée d’Alwa. Schön est pris la main dans le sac et se voit contraint d’épouser Loulou… pour lui, c’est le début de la fin.

De manière générale, il m’apparaît que Loulou n’est pas tant un film sur le désir et le plaisir, qu’un film picaresque à tendance morale.

Lorsque l’on regarde de près les relations de Loulou avec les hommes, on constate que toutes sont conditionnées soit par l’argent soit par un rapport de force (plus ou moins latent). C’est le cas avec Schön, avec Alwa, avec le comte italien (et « son client » égyptien) mais aussi avec Rodrigo (menaces physiques) et même Schigolsh (son faux « père », son « premier mécène »-client, qui a sûrement abusé d’elle lorsqu’elle était enfant).

Il n’y a là aucun désir : juste des relations utilitaires où elle mime le plaisir telle la prostituée qu’elle est.

De la même manière, il n’y pas de sentiment, juste une comédie des sentiments dans laquelle Loulou joue alternativement le rôle de la Femme fatale et de la Femme enfant, toujours pour obtenir quelque chose.

C’est là qu’intervient la notion de « picaresque » : les aventures et les tribulations (amoureuses, judiciaires, géographiques,…) de Loulou tendent,  non pas vers un apprentissage, mais plutôt vers une morale.

Et il suffit de rappeler que la seule personne pour laquelle elle éprouve une attirance gratuite est… un tueur : Jack l’éventreur.

C’est bien sûr les noces d’Eros et de Thanatos. Mais c’est surtout le châtiment de l’unique sentiment désintéressé qu’éprouve notre héroïne.

Autrement dit, Loulou n’aime personne gratuitement. Elle manipule. Et elle se perd lorsqu’elle suit ses pulsions… de mort et d’amour.

La Femme se perdrait donc lorsqu’elle accepte ses pulsions et se sauverait lorsqu’elle accepterait sa prostitution comme une force ?

Je vois dans cette conclusion plus une vision moralisatrice (et cynique) qu’une libération féministe sensuelle…

Si quelqu’un a une idée…

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