Lubitsch’s touch : « Cluny Brown »

En Français, le titre du film est : « La folle ingénue ».

Le DVD est disponible en ce moment avec quelques bonus (dont un commentaire du film de très bon niveau, des interviews de réalisateurs et quelques photos cartonnées sous plastique).

Un petit bijou, ce film.

L’intrigue : en 38, à Londres, un immigré tchèque anti-nazi, le Professeur Belinski, tombe clunybrown1.jpgamoureux d’une très jolie servante, passionnée de plomberie, Cluny Brown. Cela se passe dans une vieille Angleterre aristocratique, aux castes bien établies, où chacun doit « connaître sa place » (expression de l’Oncle de Cluny).

Il s’agit donc de désir, de plaisir, de classe sociale, de conventions, de déracinement géographique (Belinski fuit son pays et part en Amérique à la fin) mais aussi de psychanalyse.

Car les problèmes domestiques de plomberie (dont raffole Cluny) forment plusieurs métaphores originales (et poilantes) : celle du désir refoulé, celle d’une société bloquée dans ses usages, mais aussi celle d’une Europe en panne devant le danger nazi.

Mais toutes ces interprétations sont un peu vaines : Cluny Brown est avant tout un feu d’artifice de dialogues, de jeu d’acteurs, de mise en scène, d’humour, d’allusions grivoises ou ironiques.

Ce film date de 1946 et pourtant, on ne s’ennuie pas un instant tellement le scénario est vif et les personnages attachants.

Tous sont d’ailleurs complexes, aucun n’est superficiel : les domestiques revendiquent leur soumission, Belinski est un escroc délicat mais assumé, la mère aristocrate paraît idiote mais développe une remarquable intelligence du coeur au bon moment, etc….

Un film qui rentre dans mon Panthéon.

Lubitsch est un géant.

Court-métrage à un million de dollars qui exprime la maîtrise et l’insolence du Maître :

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