Affiche électorale xénophobe : l’art d’être un mouton… noir

Les affiches et les propos racistes, de tous bords, sont passionnants et sympathiques… si on aime décrypter les signes, bien sûr.suissemoutonsinside.jpg

Ils révélent des choses profondes sur nos insconcients, notre passé et notre culture. Ils délimitent ce qui peut être dit, ce qui peut être toléré et ce qui peut être montré. En même temps, ils jouent sur des clichés visuels et verbaux très ambigus, voire auto-destructeurs.

Observons cette jolie affiche de l’UDC (trouvée ), parti politique suisse xénophobe en pleine ascension, dont le leader, Blocher, est décrit comme « raciste, xénophobe, antisémite, homophobe » (attention, cette accumulation est importante).

Sur l’image, deux moutons blancs observent un autre mouton blanc « bouter » hors de Suisse (symbolisée par une surface rouge marquée d’une croix blanche) un mouton noir qui se retrouve sur une surface blanche.

Il est clair qu’il s’agit d’évoquer l’éjection pure et simple des étrangers : les citoyens helvètes désireraient (conditionnel) rester entre eux « pour plus de sécurité’.

Mais voilà… y a un problème : les moutons !

D’abord, il y a deux moutons qui regardent l’expulsion sans rien faire. Ils ont même l’air interdits, dubitatifs et passifs. Pour expulser les étrangers hors de Suisse, l’UDC ne semble pas vraiment attendre de l’aide des suisses : elle demande juste que 2/3 des citoyens restent inactifs. Une sorte de majorité silencieuse. Exigence minimum. Autrement dit, le parti xénophobe demande moins une action, qu’un « laisser faire »…

Ensuite, ça paraît évident tellement c’est gros : les suisses sont présentés comme… des moutons ! L’électeur suisse est ramené à l’espèce animale supposée la plus suiviste, la plus conformiste, la plus grégaire. Le suisse serait-il moutonnier ? En tout cas, Blocher (le loup?) n’attend qu’une chose : le tondre comme un…

Cette réduction de l’électeur à un animal moutonnier frise le lapsus. Et elle est aggravée par le fait que l’étranger est représenté par un mouton noir : autre lapsus, puisqu’on ne change ni d’espèce animale ni de race (sur l’image, les quatre moutons sont identiques), juste de couleur. C’est léger.

Autrement dit ce qui définit la différence, c’est juste un critère distinctif  mais pas une différence de nature..

Le mouton étant le symbole habituel du conformisme social et politique, on peut donc légitimement considérer que le mouton noir incarne ce qui est différent socialement et politiquement.

Est un mouton noir pour l’UDC, tout ce qui n’est pas comme les autres, tout ce qui est minoritaire par l’identité ou le choix de vie : étrangers, musulmans, juifs, gays mais aussi opposant politique, artiste, journaliste, libre penseur…

Bref chaque suisse est potentientiellement le mouton noir d’un troupeau de mouton blanc… c’est ce que dit l’affiche de l’UDC.

Est-ce le meilleur moyen d’obtenir plus de sécurité ? Savoir qu’à tout moment, et pour n’importe quoi (couleur des yeux, des chaussettes, goûts sexuels, vestimentaires, culinaires, etc…), on peut être désigné comme le mouton… noir du troupeau blanc, c’est flippant, non ?

Jusqu’à cette affiche de l’UDC Suisse, j’ai toujours cru que c’était classe d’être un mouton noir : genre le type qui résiste, qui dit non quand le troupeau abdique ( Jeanne d’Arc, Clémenceau et De Gaulle devaient être des moutons noirs, non ?).

Cet extrait des Temps modernes de Charlie Chaplin m’avait conforté dans ma vision : le mouton noir du troupeau représente l’ouvrier dysfonctionnel, celui qui va résister d’une manière ou d’une autre (par une forme de sabotage maladroit et rigolo).

(attention : à la 23ème seconde un troupeau de moutons blancs avec un mouton noir au milieu… effrayant!)

Le montage qui rapproche le troupeau des ouvriers à celui des moutons blancs ne faisait que souligner la force de l’individu qui se distingue du groupe et résiste aux lois du mimétisme…

Mais non, L’UDC et Blocher ont trouvé la faille : l’esprit moutonnier est le garant de la sécurité. La différence est source d’insécurité.

C’était évident, tous les bons gouvernement le savent : sécurité, identité et exclusion sont des mots magiques pour se faire élire. Suffit d’hurler avec les… loups!

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