Arcimboldo : métamorphoses, pouvoir et paganisme.
décembre 28th, 2007 § Laisser un commentaire
(Ci-contre Vertumne, tableau de 1590 d’Arcimboldo, représentant le dieu romain des saisons)
On ne peut que recommander la visite de l’exposition Arcimboldo au Musée du Luxembourg jusqu’au 15 octobre. Pourtant c’est cher : 10 euros en tarif normal et 8 en tarif réduit (assez sélectif). Mais c’est très bien et on en a pour son argent.
Je craignais le pire car le site est assez petit et j’avais été un peu déçu par la “grande expo” Le Titien la saison dernière.
Mais là, c’est vraiment intéressant : Arcimboldo est au centre des débats (de manière chronologique et même ludique avec un jeu de miroir très prisé qui permet de voir les oeuvres “inversées” en anamorphose).
Mais l’exposition propose également un regard sur “les cabinets de curiosités” des Hasbourg et propose des toiles de différents auteurs contemporains ou utiles à la compréhension de l’auvre d’Arcimboldo. On notera ainsi quelques inoubliables et minuscules dessins de Léonard de Vinci croquant des gueules monstrueuses : il s’agissait pour le maître de montrer qu’il y avait de la beauté dans la laideur…
Comment aborder les oeuvres proposées ?
En se rappelant qu’Arcimboldo, le milanais, travaillait pour l’empereur autrichien, Maximilien.
Il devait satisfaire son envie de “curiosités” (créations et découvertes artistiques qui soulignent les aspects les plus rares et étonnants du monde : insectes en métal précieux, lions en cristal de Bohème, épée au manche de corail, oeuf d’autruche serti d’argent et… tableaux étonnants) et flatter la magnificence du monarque par des références et des symboles éternels.
Or Arcimboldo est d’abord portraitiste : certains de ses portraits de dames de la cour sont d’ailleurs exposés. Et pour flatter la grandeur de Maximilien, tout en glorifiant la théorie antique des correspondances (le monde est un ensemble infinis de signes et de symboles qui communiquent entre eux), rien de mieux qu’une série de portraits évoquant les saisons et une autre série, qui viendra plus tard, évoquant les quatre éléments. Chaque saison renvoyant à un élément : l’été, le feu; l’automne, la terre; l’hiver, l’eau; le printemps, l’air.
La symbolique païenne (pré-chrétienne) est soulignée et, à l’intérieur des tableaux, chaque légume, chaque plante, chaque fleur, chaque animal à une signification symbolique (voire alchimique).
Mais qu’y a-t-il au centre de ces tableaux ? L’homme.
Arcimboldo est de son temps : il est un humaniste (au sens culturel du terme) qui met l’homme au centre du monde et de ses portraits. Et comment tiennent ces amas hétéroclites de poissons, de fleurs, de légumes ? Par un miracle qu’on appelle “visage humain”. Le “liant”, la “colle” qui fait tenir la diversité de la création (animale et végétale) s’appelle la figure humaine.
Et la figure ultime de l’homme est incarné par…. l’empereur. Notamment dans le tableau ci-contre, Vertumne, qui synthétise les attributs de toutes les saisons et de tous les éléments. Remarquons que ce Vertumne-Empereur à des allures d’Appolon et de Dionysos rassemblés.
Le tableau est païen, il est politique mais il est aussi… littéraire. Il se construit autour de poèmes savants.
L’un deux de Gregorio Comanici est reproduit sur un mur de l’exposition. Il s’intitule Il Figino.
En voici deux extraits éloquents :
“Dis-moi, Eau, si ce tronc décrit l’homme en moi ou moi en l’homme et si la divine ressemblance est assez honorée”.
“C’est par la volonté de César que j’ai forme humaine”
L’Homme, la nature (dans sa diversité la plus “monstrueuse”) et le pouvoir politique sont liés par l’Art et la pensée globalisante.
A voir… car vus en “vrai” et de près, les tableaux et les objets d’art sont étonnants.
