“Sicko” de Mickaël Moore : retour aux fondamentaux…
décembre 26th, 2007 § 1 Commentaire
Le film commence sur un jeune type pauvre qui se recoud, sans anesthésie, une large plaie au niveau du genou. Du do it yourself médical qu’on imagine plus dans les commandos de Marines que comme substitut à une médecine de Ville et d’Urgence devenue inabordable pour l’américain moyen.Bref, le film de Moore est presque contenu dans ces premières images : du sang et des larmes.

Pourtant, le réalisateur essaie d’arrondir les angles : il va s’intéresser uniquement aux 250 millions d’américains “privilégiés” qui possèdent une couverture médicale (privée).
Il précise qu’il ne traitera pas les 50 millions restants (chiffre vertigineux) qui n’ont aucune couverture médicale (parmi ceux-là 18000 meurent chaque année).
Moore nous révèle des magouilles effroyables : les assurances privées refusent tout simplement les soins en trouvant des raisons contractuelles alambiquées ou improbables. De plus, elles excluent des millions d’américains en refusant de traiter des centaines de maladies. C’est un scandale national qui enrichit les grands groupes financiers, alimente les caisses des partis politiques (avec l’aide de l’industrie pharmaceutique) et laisse littéralement “crever” des citoyens dont on ne finance pas les soins.
La santé des américains à un prix que l’ultra-libéralisme et la loi du profit se refusent à payer. Fidèle à sa méthode, Moore nous montre des gens simples aux prises avec ce système : des victimes du cancer, de tumeurs, des blessés et même des volontaires du 11 septembre.
Il dévoile la face cachée mais majoritaire de l’Amérique, celle que ne montre pas et n’évoque même pas Hollywood.
Soulignons le fait que les personnes concernées par la débâcle du systèmes de santé appartiennent aux classes moyennes et disposent d’emplois qualifiés. Simplement ses gens se ruinent pour se soigner et perdent leur emploi dès que leur maladie se prolonge. Une forme de triple peine : la maladie vous tue, vous ruine et provoque votre licenciement.
Moore s’intéresse donc à d’autres systèmes : d’abord le Canada puis la Grande-Bretagne. Celle-ci semble s’en sortir avec le NHS ( National Health Service). A voir… La Grande-Bretagne n’est pas une référence européenne et les anglais ont plutôt l’habitude de venir se faire soigner en France quand ils le peuvent… Mais bon, tout est mieux que le système américain.
Le film se finit à Cuba où Moore amène les sauveteurs du 11/09 se faire soigner.
Ce passage est un peu pitoyable.
Certes les cubains ont des médecins et des soins mais l’île de Castro est vraiment pauvre, voire misérable. Présenter Cuba comme un paradis social et sanitaire pour américains malades est un peu limite lorsqu’on connaît les difficultés des cubains.
Bref, un docu passionnant (parfois larmoyant et maladroit) qui rappelle que la santé, la maternité et la retraite (Moore montre un américain de 79 ans obligé de travailler comme “homme de ménage” dans un supermarché pour payer son assurance maladie) font partie des ”fondamentaux” qui constituent le contrat social.
Sans eux, inutile d’essayer de vivre ensemble : tout tentative ne serait fondée que sur l’inégalité et la naissance.
Sicko n’est pas ce qu’à fait de mieux Michael Moore. Même s’il ce qu’il montre est vrai, je m’interroge sur la vision qu’il a des soins de santé en Europe, en France en particulier. Ce n’est pas aussi rose qu’il le montre même si en France on n’a pas (encore) à vendre sa maison pour soigner son cancer. Le problème de ce film c’est qu’il n’est pas vu pas le public concerné qui souffre du système de santé américain.