Lecture : John Fante : « Demande à la poussière »: le papa des Beatniks ?

John Fante est un auteur dont on ne parlera jamais assez.
Il est à l’origine d’une thématique propre au XXème siècle : ce que j’appellerais la littérature de nomades-immobiles.
Cette littérature raconte autant le voyage, la quête du bonheur (le « Go west »), l’immigration que l’attachement affectif et identitaire à un sol et à un territoire.
Ainsi un des paradoxes de John Fante, c’est qu’il parle aussi bien du mouvement (de sa famille éloignée, de sa région d’origine, le Colorado, de son arrivée en Californie, de ses rencontres et espoirs, etc…) que de son installation et de son enracinement dans une nouvelle région (son alter ego romanesque, Bandini s’installe à Los Angeles pour y rester et y travailler).
Cette double tension entre mouvement migratoire et volonté d’enracinement est à l’origine de Demande à la poussière.
Titre explicite et lui aussi paradoxal, s’il en est : la poussière, c’est après tout « de la terre qui s’envole (sous l’action du vent, de l’air, d’un déplacement…) ». Autrement dit, c’est de l’immobilité en mouvement : c’est le principe de la route et de l’errance qui pousse le voyageur au gré des vents et des désirs.
Car c’est bien le désir qui meut Bandini : désir de reconnaissance artistique (Bandini est un écrivain pauvre qui cherche à se faire éditer : il cherche littéralement à se faire un nom), désir d’identité (les noms propres et leur origine italienne ou latinos sont omniprésents) et bien sûr, désir charnel.
D’ailleurs les deux femmes que fréquentent Bandini, sont elles-mêmes le miroir de cette quête : l’une est une juive au corps défiguré qui périra lors d’un tremblement de terre (le corps redevient poussière et se mêle au sol ) ; l’autre est Camilla, une latino analphabète qui incarne la terre californienne d’avant la colonisation américaine (symboliquement à la fin du livre, elle disparaît dans le désert du Mojave).
Bref, même l’amour renvoie le héros à sa volonté de fusion avec son environnement géographique qui pourrait l’aider à structurer son identité.
On le voit, Fante préfigure deux auteurs importants : Kerouac (l’Américain d’origine franco-canadienne qui, « sur la route », revisitera l’Amérique pour prendre conscience de lui-même et des autres) et Bukowski (l’ivrogne d’origine allemande qui tournera en rond en Californie, à la recherche de lui-même dans l’isolement, les femmes, les bastons et bien sûr l’écriture).
Ouh la, plus je parle de Fante, plus j’ai envie de le relire…
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