« Taxi driver » de Martin Scorsese : de la Solitude à l’Héroïsme.

taxidriver.jpgTaxi driver semble tourner autour d’un slogan politique, « We are the people »(= « Nous sommes le peuple », littéralement), répété tout au long du film de diverses manières.

C’est le slogan de Charles Palantine, le politicien que tentera d’assassiner Travis, le chauffeur de taxi. 

Mais ce leitmotiv masque un constat inquiétant : celui de l’écart qui existe malgré tout entre l’individu et le groupe (people), entre le réprésentant et les représentés.

Le film se construit d’ailleurs sur la solitude Travis, ancien du Viernam, dont l’isolement est représenté par son taxi qui forme une espèce de bulle autour de lui.

Cette solitude si palpable est l’occasion d’un ressassement constant, d’une forme de soliloque et d’attitude provocatrice. Travis est enfermé dans sa voiture, dans son appartement, mais surtout dans son langage ( voir la répétition de « are you talking to me ? » qui met la parole au centre de ses préoccupations), dans sa tête et sûrement dans la jungle urbaine de New York.

On a donc tous les ingrédients du scénario catastrophe : un individu seul dans la foule (les plans dans les rues ou dans les meeting politiques contrastent avec la solitude nocture du taxi) va rechercher une reconnaissance sociale par la violence.

Car c’est bien de reconnaissance sociale dont il s’agit : Travis est l’anti-Palantine au sens propre, c’est-à-dire un anti-héros (socialement et médiatiquement). Le visage de Palantine est omniprésent, sur les affiches et à la télévision, et sa présence ne fait que souligner, en creux, le néant social de Travis.

Mais la morale du film est plus cynique : c’est dans la violence, la plus délirante et la plus individuelle (Travis décide tout seul d’aider une trop jeune prostituée), que le taxi driver devient un héros.

Autrement dit, la justice cautionne le contraire du slogan politique et encourage le fait de se faire justice tout seul. En un mot, l’individualisme version cowboy et hémoglobine. Une sorte de « I am the people »…

En extrait, le fameux « Are you talking to me ? » :

Quelques remarques sur cette scène fameuse :

- Le jeu de miroir qui renvoie au narcissisme délirant du personnage et à son enfermement mental : non seulement, il se regarde jouer un personnage mais en plus il se parle. double délire.

- Travis demande « si on lui parle »… mais justement, il est le seul à parler et à répondre à des questions que personne ne lui pose ! On est dans le soliloque complet.

- Remarquez , à la fin, les posters du politicien au mur et le parallèle visuel instauré entre les deux hommes.

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