“M le maudit”(1931) de Fritz Lang : Politique de la criminalité.

M le maudit a profondèment marqué l’histoire du cinéma.
Pour plusieurs raisons.
J’en vois au moins trois (les pros compléteront…) :
- le traitement d’un sujet traumatisant ( la pédophilie, le rapt d’enfants : thèmes qui nous indignent et s’adressent à nos pires peurs),
- l’efficacité esthétique ( Lang est un maître de la mise en scène et de l’image expressive)
- l’approche politique, et pas forcèment politisée, de la criminalité (organisation de la Police, Pouvoir de la Pègre et évocation discrète de la démagogie nazi).
Le film décrit la traque et la capture de M, un pédophile meurtrier, par le commissaire Lohmann de la police de Düsseldorf.
Le commissaire est devancé par la Pègre qui a préféré mener sa propre enquête. Le business mafieux était compromis par les rafles policières, les affaires et les profits menacés : la mafia locale, dérangée, a préféré prendre les choses en main. Elle s’avère plus efficace que la Police et parvient à capturer le criminel et organise même un procès clandestin. Mais le débonnaire Lohmann interviendra au bon moment.
On comprend ici un des principaux thèmes du film : la mise en parallèle de la Pègre et de la Police.
Ces deux instances apparaissent non pas ennemies mais complémentaires. Elles s’associent pour expulser la déviance absolue ( la pédophilie).
Cette complémentarité est montrée de diverses façons.
Par exemple, par le montage en parallèle des scènes de réunion des chefs de la Police et de la Pègre. Les policiers apparaissent aussi cabotins que les malfrats semblent sérieux. Les deux réunions finissant d’ailleurs dans un brouillard de fumée de cigares qui présage du flou commun et des frontières embrouillées.
Ce renversement de pouvoir est également présents dans les mots.
Ainsi lors de la première rafle, Lohmann, paternel, descend dans le monde de la pègre et s’adresse aux malfrats en les appelant : “Mes enfants…”. Flic et voyous appartiennent à la même famille : celle de l’Etat et des affaires qui marchent plus ou moins honnêtement.
Cette confusion est savamment entretenue par Lang : les voyous portent des uniformes de policier, deviennent avocats et même juges. Inversement, certains plans de Lohman (celui qui le filme sous le bureau est poilant) n’hésitent pas à nous le montrer comme un flic atypique, un peu limite.
Flics et voyous ont donc un intérêt en commun : l’Ordre.
L’Ordre est bon pour les affaires. Celle de l’Etat (les enquêteurs se font passer pour des agents du fisc…) et celle de la Pègre.
Il s’agit alors de traquer le Désordre, c’est-à-dire, le pusionnel, l’involontaire, l’anormal, le monstrueux.
Or c’est justement les noces de l’Etat et des Mafias affairistes qui accoucheront de monstres historiques…
Dans l’extrait suivant, le pédophile comparaît devant le Tribunal de la Pègre : le procès se déroule dans un souterrain, lieu symbolique de la contre-culture et de la Mafia.
Pour se défendre, M invoque ses pulsions, ses obsessions, ses voix… Son avocat-voyou interroge le jury mafieux : peut-on être jugé coupable de faits que l’on ne contrôle pas ? Où commence la justice ou commence la psychiatrie ?
L’audience s’émeut un instinct puis les peurs réapparaissent et l’instant de vengeance avec…
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