“Johnny Got His Gun”: pacifiste mais pas seulement…
Johnny got his gun (1971) (”Johnny s’en va-t-en guerre”) de Donald Trumbo est l’exemple même de l’oeuvre d’art dont la diffusion et la création prennent une dimension historique.
Pour comprendre cette affirmation, il faut resituer les conditions de production de ce film.

Rappellons que celui-ci dépeint la situation d’un soldat de la Première Guerre(Johnny) totalement brisé par un obus, réduit à l’état d’homme-tronc muet sur un lit d’hôpital. Doué de mémoire et de conscience, tentant de communiquer par morse sa volonté d’être euthanasié, Johnny sera condamné à vivre dans le mutisme par l’équipe médicale. La vie n’est plus vécue comme un don divin, mais comme une punition institutionnelle.
Johnny got his gun a d’abord été un livre.
Trumbo, écrivain et scénariste, l’a publié en 1939, à l’aube de la Seconde Guerre. L’oeuvre a eu du succès mais elle est censurée dès l’entrée en guerre des Etas-Unis. Puis, au cours des années 40, Trumbo, devenu suspect avec ses prises de position anti-militaristes, est blacklisté lors de “la chasse aux sorcières”. Il est contraint d’écrire des scénarii sous des pseudonymes et n’est réhabilité que dans les années 60 par Preminger qui inscrit son véritable patronyme au générique d’Exodus pour le scénario. Et ce n’est qu’en 71, en pleine guerre du Vietnam, que ce film paraîtra.
Autrement dit, ce film qui dénonce les horreurs de la guerre aura franchi et concerné tous les cauchemars américains du XXème siècle : la Première Guerre, la Deuxième Guerre, Le Vietnam.
Et on ne peut s’empêcher de penser au XXIème et à l’Irak, tant le message semble actuel.
Ce parallèle est d’autant plus saisissant que l’anti-militarisme rejoint des préoccupations sociales marquées par le socialisme et le rejet de la religion.
Johnny est issu d’un milieu ouvrier, croyant et patriote : on lui a appris à croire en l’éternité de l’âme (”la matière n’existe pas, seule l’âme est véritable”), à désirer la Liberté et la Justice (pour le monde entier et à n’importe quel prix), à respecter son Patron et surtout à gagner sa vie sans être une charge pour la collectivité (en morse, il propose aux médecins de le faire embaucher comme monstre dans un cirque, afin de gagner sa vie!).
Autrement dit, le pacifisme de Trumbo n’est pas uniquement militaire : il est une philosophie matérialiste ( le corps et l’érotisme sont au centre du film), sociale (la guerre, c’est un problème de patrons pas d’ouvrier) et familiale ( la figure récurrente du père résigné acceptant le monde tel qu’il est).
A voir absolument. L’ensemble est assez effrayant. Quelques passages ont vieilli mais l’oeuvre est parfaitement construite.
Dans l’extrait suivant, l’Infirmière parvient à communiquer avec Johnny en traçant des lettres sur sa poitrine. Elle y inscrit “Merry Christmas” ce qui réjouit Johnny et surtout lui donne une date et une notion du temps. Cette date lui rappelle le dernier Noël avant la guerre fêté dans son usine.
Cette scène doit être mise en relation avec une scène précédente : celle où l’infirmière (que Johnny appelle, dans son monologue, “my love”, “my beautiful nurse”, etc…) caresse longuement le torse du héros, après l’avoir mis au soleil pour la première fois. De même, lorsque plus tard, Johnny parlera en morse, il le fera avec son corps, en secouant la tête.
Qu’en conclure ?
Pour Trumbo, le corps est un média : un mode ce communication voluptueux susceptible de combattre l’horreur et la violence du monde. Et capable d’inscrire l’être dans une durée, dans une temporalité qui l’arrache au néant.
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