John King : Football Factory
décembre 25th, 2007 § Laisser un commentaire

Extrait de l’excellent Football Factory (2004, Editions de l’Olivier) qui montre le milieu des hooligans londoniens entre bières, violence, racisme et lumpenprolétariat. Mais aussi complexité des situations et vision lucide de soi.
Exemple :
“On doit être comme les nègres, d’une certaine façon. Des nègres blancs. De pauvres blancs. De la merde blanche. Nous sommes une minorité, parce que nous sommes soudés. Peu nombreux. Fidèles, loyaux. Le foot nous donne quelque chose en plus. La haine, la peur nous rendent différents. Et on est issus de la majorité silencieuse, ce qui fait que les connards qui nous dirigent n’arrivent pas à nous repérer. Nous partageons la plupart des idées de la masse, mais nous les avons adaptées à nous. Nous sommes un peu de tout. Il n’y a pas d’étiquette possible. Nous sommes haï des riches, et inacceptables pour les socialistes qui se la jouent charitable. Nous sommes satisfaits de notre vie, nous n’avons pas besoin de travailleurs sociaux…
Tout le monde fait partie d’une bande. Tout le monde porte un insigne. Partout où tu regardes, tu vois des uniformes, et tous signifient quelque chose. Et rien, en même temps.
Et quand les flics, les politiciens et le connard de base se mettent à gémir d’une seule voix sur les bagarres entre voyous qui perturbent leur petite vie de quartier et salissent le noble nom de l’Angleterre, on leur rit au nez et on leur pisse à la raie…
Nous pensons que nous avons raisons, et que l’autre en face a tort, c’est naturel, mais écoute les connards qui donnent des leçons aux autres, et tu verras que, malgré leur éducation, ils n’ont même pas su repérer les principes de base.”
En vidéo un reportage-vérité sur les Hooligans anglais.
L’extrait commence par un poème, se poursuit avec des photos d’enfants et continue… sur les bastons de bandes.
Le reportage montre notamment les émeutes urbaines de 2001, à Burnley qui valent bien les nôtres.
Les images sont édifiantes : sanglot de l’homme blanc, prolétariat oublié, absurdité de la violence qui apparaît comme un jeu, une drogue et une affirmation bestiale d’une virilité bafouée par l’humiliation sociale.
Ces types, lorsqu’ils s’expriment, ont l’air si fragiles et si perdus qu’on a plutôt envie de les plaindre.
Coupables et victimes… d’eux-mêmes ?