“Sweet sixteen” de Ken Loach : l’âge d’homme d’un adolescent.

décembre 24th, 2007 § Laisser un commentaire

Cinq ans après, je réalise que ce film a marqué mon imaginaire.

On y retrouve tout l’univers des petites frappes : les couteaux, la drogue, l’argent facile, l’enfermement urbain, une violence physique brute et un langage réduit à sa plus simple expression.

sweetsixteen.jpg

Mais là où Ken Loach pourrait tomber dans le cliché, il crée un chef d’oeuvre.

Pourquoi ?

Et bien, parce qu’il inscrit son personnage dans une histoire psychogique très précise complémentaire de la dimension sociale.

En effet, Liam, le jeune héros, est pris dans une relation oedipienne qui met sa mère au centre de ses préoccupations et éprouve sa virilité naissante.

L’histoire est la suivante : Liam, ado délinquant écossais, s’associe à un caïd local afin de s’enrichir en vendant de l’héroïne et d’offrir un logement décent à sa mère qui sort de prison mais qui est amoureuse d’un dealer manipulateur.

Entre un père absent et une mère qu’il veut posséder, Liam est autant victime de son milieu que de ses pulsions.

Il est un ado en pleine transformation (voir la scène où il se rase malgré l’absence de barbe) et ne demande qu’à devenir un homme à part entière. C’est d’ailleurs le sens de la scène rituelle d’intronisation dans le clan du Caïd (la bande teste Liam en lui demandant de tuer un des leurs; Liam s’éxécute; on l’arrête avant le geste fatal et il adoubé dans la mafia locale).

Liam est devenu un homme, un vrai, plus un gamin. Il peut désormais s’affirmer dans la jungle ultralibérale et diriger un faux-business de livraison de pizzas.

Bref, Loach montre un univers illégal qui recrée sa définition de la virilité et donc de la Loi. Notons, au passage, que les policiers sont quasi-absents (ou totalement inefficaces) du film : la loi du milieu et la psychologie (le Surmoi?) paraissent régir les êtres mieux que les forces de l’ordre.

C’est un grand film : sans rhétorique ni grandiloquence. Loach déroule un scénario parfaitement huilé où la fatalité est perçue comme un destin social, psychologique et économique.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Gravatar
Logo WordPress.com

Please log in to WordPress.com to post a comment to your blog.

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Qu’est-ce que ceci ?

You are currently reading “Sweet sixteen” de Ken Loach : l’âge d’homme d’un adolescent. at Abreuvons nos sillons.

meta

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.