Salon des Vignerons Indépendants 2012 à la Porte de Versailles : en suivant VinsurVin….

Quelques mots sur un événement parisien qui marque d’une manière ou d’une autre mes automnes et mes printemps depuis une décennie : le "Salon des Vignerons Indépendants" qui se tient à la porte de Versailles jusqu’au lundi 26 novembre 2012.

C’est dans ce lieu extraordinaire où des centaines (oui des centaines !) de vignerons très accueillants font déguster leur production que j’ai découvert deux de mes vins favoris : le Côte-du-Rhône vieilles vignes, Clos Val Seille, Cuvée Saint-Georges de Jean-Marc Bonvin (une véritable boucherie : un vin expressif, plein de caractère, d’une présence à la fois massive et subtile ; je conserve quelques 2003 dans ma cave) et le somptueux Vray Croix de Gay en Pomerol (dont les parcelles jouxtent celle de Petrus) que j’ai goûté dans le millésime 2006 et qui demeure, malgré ses 60 euros, un excellent rapport qualité-prix.

Cette année j’ai organisé ma visite (rapide) au salon selon le « Best-of » de VinsurVin qui proposait une longue liste de vignerons (http://vinsurvin-blog.com/2012/11/06/salon-des-vignerons-independants-porte-de-versailles-paris/).

Cette sélection m’a permis de faire quelques belles rencontres : le Muscadet Sèvre et Maine « Le Fief du Breil » 2010 du Domaine Landron (rien à voir avec le muscadet habituel : c’est plus rond, plus doux, plus aromatique et ça m’a rappelé un Quincy, celui de l’excellent Philippe Portier) ; le Viognier 2010 du Domaine Louis Clerc (vin de cépage très simple mais très expressif et très séduisant qui m’a plus touché que le Condrieu qui m’a semblé plus sophistiqué et moins accessible).

Mais j’ai surtout envie d’évoquer trois vins « coup de cœur » :

1. Le Nuits-Saint-Georges « Les Vallerots » 2010 de Bertrand Machard de Gramont. Un des plus beaux nez de vin de Bourgogne. VinsurVin parle de « salades de fruits rouges » et il n’a pas tort. C’est délicieux. Presque autant que le vigneron, Monsieur Machard de Gramont qui est un véritable gentilhomme, plein de douceur, d’humour et d’hospitalité. Et les prix sont forts abordables (25 euros).

2. Les Riesling Goldesh et Grasberg de Georges et Claude Freyburger. Je suis un grand fan de Riesling depuis que j’ai découvert le Terroir de Zinck et je recommande à tous les amateur de suivre de très près ce cépage aux saveurs étonnantes et, si j’ose dire, contemporaines. Le mélange litchi, verveine et agrumes (même de la clémentine) me fait craquer. C’est délicat, parfumé, fruité et pas cher. J’ai moins accroché sur le Grand Cru Altenberg. Sûrement mes goûts plébéiens.

3. Le Chambolle-Musigny 2010 du Domaine Magnien Michel et Fils. Nez séduisant, bouche équilibré. Un vin que j’aimerais avoir en cave. Je fantasme beaucoup sur appellation Chambolle-Musigny et si je devais m’offrir quelques bouteilles, ça serait sûrement celles-ci.

Voilà, je pourrais citer des dizaines d’autres vignerons tous aussi accueillants et chaleureux : ceux que j’ai cités m’ont juste marqué à un moment donné, dans des circonstances données et en fonctions de mes compétences limitées. Mais je peux commencer avouer que j’affectionne tout particulièrement la Bourgogne et l’Alsace.

A noter, la semaine prochaine, le Grand Tasting 2012 au Carroussel du Louvre avec des vins… prestigieux. Parfois un peu bling-bling…

Participation au festival Rue des Livres à Rennes le 3 et 4 mars 2012

Participation au festival Rue des Livres à Rennes le samedi 3 et le dimanche 4 mars 2012 dans le quartier de Maurepas.

Plus d’informations sur http://www.festival-ruedeslivres.org.

Copier-coller paresseux de la dépêche :

"Le festival se déroulera les 2, 3 et 4 mars au Site Guy Ropartz dans le quartier Maurepas. David Khara est le parrain pour cette l’édition. D’après lui : « Un livre a toujours deux auteurs, celui qui l’écrit et celui qui le lit ». En une phrase, Jacques Salomé résume le lien singulier, presque organique, entre l’écrivain et ses lecteurs. Il esquisse l’instant magique où la solitude du créateur s’évanouit, pulvérisée par la lecture de celui qui s’approprie l’oeuvre. Lors de cette rencontre, deux visions, deux musiques intérieures se rejoignent pour donner corps à une histoire, à des idées. Car le livre dans toutes ses expressions – photographiques, dessinées, écrites – est un espace de liberté , d’apprentissage et de partage. Voilà pourquoi un festival gratuit, accessible à tous, situé au cœur d’un quartier vivant au rythme de ses habitants, est aujourd’hui indispensable voire salutaire. « Voilà pourquoi », dit encore Jacques Salomé, « je suis si fier d’être le porte-parole de cette 5e édition de Rue des Livres au thème évocateur : « Mouvements dans la ville, villes en mouvement »». Pendant trois jours, vous arpenterez cette Rue unique en son genre pour y rencontrer une centaine d’auteurs, participer à des débats ou des projections. Nous serons là, pour vous, avec vous, fidèles à l’esprit de Victor Hugo, qui disait à raison : « La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société »"

Participation au Festival "Les Nuits et les Jours de Querbes " du 12 au 15 août 2010

Participation au Festival des Jours et des Nuits de Querbes du 12 au 15 août 2010.

Le Festival propose du jazz, de la littérature et des performances artistiques avec notamment un opéra hip hop, un concert d’"ethno urban jazz", l’Orchestre National de Salilhes et des chorégraphies.

Des rencontres et des débats sont organisés avec les auteurs invités (Wilfried N’Sondé, Mouloud Akkouche, Lilian Robin, Skander kali) à partir de 16h ou 17h, place de la lecture.

Le programme détaillé de l’édition 2010 est et l’adresse du site du festival est http://www.querbes.fr (présentation exhaustive de tous les intervenants).

"La jeune fille à la perle" : chevelure, féminité et labyrinthe de Delft.

« La jeune fille à la perle », roman de Tracy Chevalier publié en 1999 (adapté au cinéma par Peter Webber avec Scarlett Johansson dans le rôle-titre) reprend le nom du fameux portrait du peintre hollandais Jan Vermeer de Delft afin de nous raconter l’histoire, ou plutôt le micro-parcours urbain et social, de la jeune servante qui aurait été le modèle de l’artiste. Le conditionnel signifie ici que le roman est une simple fiction qu’aucune vérité historique ne vient étayer, sachant que les origines de la toile demeurent obscures et que cette obscurité même ne manque pas d’attiser notre imaginaire.

Le roman et le film comblent donc par la fiction l’histoire implicite que contient (ou résume) le portrait : la technique picturale de Vermeer (dont on évoque l’usage de la camera obscura) ne peut être séparée de son modèle humain, et l’humanité de ce modèle ne se donnerait que par la reconstruction narrative. Le portrait condense une histoire muette, parfaitement hypothétique, dont les indices s’offrent à notre regard et à notre sagacité.

Quels seraient ces indices ? Tout d’abord l’anonymat de la jeune fille représentée qui exprimerait un statut social indéfini, voire modeste. Ensuite, la chevelure dissimulée par un « turban » révèle un signe socialisé de discrétion, de pudeur à connotation religieuse (la majorité de Delft est protestante), voire de servitude (songeons au tableau intitulé « La Laitière »). La perle (unique), elle, formant un point lumineux dans une zone obscure, introduit un bijou, donc un raffinement, un luxe qui contraste avec la simplicité de la jeune fille. Enfin, cette même perle introduit une élégance féminine, une parure, un souci de soi quasi-érotique, souligné par les lèvres pulpeuses tendrement entrouvertes.

Les interprétations paraissent relativement aisées : la perle nacrée représenterait les « valeurs » dont le peintre voudrait parer la jeune fille et son portrait. Valeur esthétique (beauté virginale ; formes, lignes, courbes parfaites et naturelles), valeur spirituelle (la perle symboliserait la pureté lumineuse d’une âme inestimable), valeur monétaire (expression d’aisance matérielle dans une Hollande bourgeoise et capitaliste), valeur maternelle (la femme porte une perle comme on porte un enfant ; un collier de perles renverrait à la fertilité d’une mère de famille) et enfin, par glissement métonymique, valeur commerciale de la toile (Vermeer était, accessoirement, marchand de tableau).

La référence biblique est également notable : celle de la chasteté, en référence aux perles qu’offre, sous forme de boucles d’oreille, Isaac à Rebecca. L’oreille incarnant l’intimité (sexuelle ?) de la femme, elle se doit d’être richement ornée afin de défendre sa fidélité : selon Saint François de Sales dans Introduction à la vie dévote (1615), « aucun mot ou bruit ne devrait y entrer que le doux bruit de chastes mots, que sont les perles orientales de l’Evangile » (voir ici).

Le récit imaginé par Tracy Chevalier respecte les multiples significations de l’œuvre peinte tout en proposant d’autres pistes pertinentes.

Griet, jeune fille d’un quartier protestant de Delft, rejoint la demeure Vermeer (catholique) pour y devenir servante et s’occuper plus particulièrement de son atelier. Griet découvre la vie domestique tendue des Vermeer (on y compte chaque denier) dirigée par Maria Thins, la belle-mère du peintre qui gère aussi ses commandes de tableau, et Catherina, l’épouse-porteuse, constamment enceinte.

Vermeer, qui peint très peu, est soumis au bon vouloir et aux commandes de son mécène, Van Ruijen, vieil esthète libidineux qui courtise goujatement la fraîche Griet : le peintre calmera ses ardeurs en faisant le portrait de la servante. La toile instaure une relation spirituelle et platonique entre l’Artiste et son Modèle en lieu et place de la relation commerciale et sexuelle que le Mécène voudrait entretenir avec le Modèle. Une forme de proxénétisme esthétique, en somme. Désir, commerce, nécessité et opportunisme seraient donc à l’origine du tableau : l’inspiration artistique n’est plus un mythe romantique et les muses se font moins idéales mais beaucoup plus charnelles et plébéiennes (d’ailleurs Griet épousera un boucher ; la viande et le sang sont discrètement mais parfaitement omniprésents dans toute l’œuvre).

Pourtant le portrait semble avoir une âme ou, en tout cas, une parole et une pensée : le monologue intérieur de Griet et sa narration nous font pénétrer dans une intériorité plutôt subtile qui confère une profondeur à la surface de la toile. L’héroïne pense, évalue, anticipe, suggère, raisonne, doute, interprète : sa conscience morale et son intelligence artistique (elle devient l’assistante du peintre) sont taraudés par une culpabilité aussi réelle que fantasmée (malgré la relation non consommée, la femme de Vermeer considèrera le prêt de ses boucles d’oreilles comme un adultère avérée).

Cette tempête sous un crâne, dans le vase clos de la maison des Vermeer, où chaque geste est codifié, inscrit dans une géométrie précise et un univers pictural parfaitement ordonné (le roman évoque, directement ou indirectement, l’ensemble des œuvres du peintre) n’est pas sans rappeler la stupeur et les tremblements nippons.

Car Vermeer est Maître chez lui tel l’Empereur. Tout part et aboutit à son œuvre. Littéralement, il tisse sa toile, comme le rappelle Maria Thins :

"Les femmes qu’il peint deviennent prisonnières de son monde. Vous pourriez vous y perdre."

Les canaux et les rues de Delft, tel un labyrinthe, dissimulait un Minotaure qui se nourrissait de lumière et de chair fraîche, sacrifiée à l’Art. Et au commerce.

Un roman et un film de qualité, complémentaires, emplis d’érotisme très elliptique, de complexité, de sensibilité et même de… drame.