Revue de blogs

Revue de quelques sites/blogs ayant traité d’”Abreuvons nos sillons” à la date du 1er mai 2008 :

- Paperblog, “le webzine qui tranche” (comme un cutter ?) : l’article se trouve  . On trouve sur ce site de nombreux livres chroniqués (récents ou classiques), sans aucune concession.

- Le Bibliomane. Un des blogs littéraires les plus stimulants du moment. Un vrai blog de lecteur passionné rédigé par Pascal Bouali ( l’homme qui lit vite, bien et… bien plus vite que son ombre !). Une référence pour la littérature contemporaine (avec des articles sur Selby ou O’Nan, par exemple). Son article sur Abreuvons se trouve .

 - Le Mague. Webzine culturel très actif et très consulté que… je ne connaissais pas ! Mais que je me suis empressé de mettre dans mes favoris. L’article se trouve ici.

- Augustin Dercroix, Obscure Clarté : ça compte pas, c’est un copain… Mais il a été le premier à écrire sur Abreuvons. Et il n’était pas obligé de le faire. Et surtout pas de le faire aussi bien. Son commentaire est là.

- La revue ZEO (Zone Entièrement Ouverte), animée pa Loïc Adrien (éducateur spécialisé) et qui traite d’ Abreuvons nos sillons dans le numéro 11 de la revue. Le pdf est , l’article est en page 46.

- Lignes de fuite : blog d’actualités sociales, éditoriales et culturelles. De larges extraits et un bref commentaire, .

- Et enfin, mon lecteur japonais préféré (en VO!) ! Magie du web et de l’édition, j’ai trouvé un lecteur nippon qui bloggue au sujet d’Abreuvons nos sillons. Il cite entre autres l’article du Canard enchaîné daté du 2 avril 08, . A d’autres endroits, on trouve des passages traduits, comme ici. Sympa, non ? Surtout si on comprend le japonais ! Aligatô

 

Bérénice, reine au sang impur

Jusqu’au 23 mars, on joue Bérénice de Racine au Théâtre des Bouffes du Nord.

La mise en scène est de Lambert Wilson qui interprète l’Empereur Titus, aux côtés de Carole Bouquet (une splendide Bérénice, orientale, reine de Palestine) et de Fabrice Michel (un très apprécié Antiochus, roi de Comagène).bouffesdunord.jpg

Un mot d’abord pour évoquer la beauté moderne, baroque et dépouillée des Bouffes du Nord (situées dans le Xème arrondissement, entre la Gare du Nord et les exotiques boutiques indiennes du Boulevard de la Chapelle). Le théâtre, sur plusieurs étages, est circulaire. Les premiers rangs de spectateurs (assis sur des coussins) sont quasiment sur scène et le décor exhibe des murs immenses, défraîchis, à la teinte vermeille. Pour cette Bérénice, le sol était recouvert de mosaïque antique très sobre.

Bref, “la tristesse majestueuse” trouve un lieu parfait où se déployer.

D’autant que la remarquable introduction de la pièce, où l’Empereur revêt la toge impériale (”la pourpre des Césars”) au son d’une musique orientale, marque les esprits et rappelle au spectateur l’importance des enjeux.

Rappelons brièvement l’intrigue : Titus, qui vient d’être nommé Empereur par le Sénat, ne peut épouser son amante Bérénice. Les lois de Rome refusent deux choses : 1) une étrangère 2) une tête couronnée (les romains ont la hantise de la monarchie). En alexandrins, ça donne (I,5) :

L’hymen chez les Romains n’admet qu’une Romaine/Rome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

Ou encore (II,2) :

Elle a mille vertus, mais, Seigneur, elle est reine./Rome, par une loi qui ne se peut changer/N’admet avec son sang aucun sang étranger.

L’hymen rendu impossible par la politique est donc l’enjeu de la pièce. Sachant qu’Antiochus (amant malheureux et “compatriote”de Bérénice) sera chargé de jouer, malgré lui, les intermédiaires et d’avouer ce que Titus n’ose révéler à sa bien-aimée…

Bérénice apparaît comme une tragédie de la parole (de ce qu’on ne peut dire/avouer…), une tragédie politique ( qu’est-ce qu’un empereur ? qu’est-ce qu’une reine/un roi ? où se loge la différence ?) mais aussi une tragédie de la présence scénique (pour Bérénice quitter la scène, c’est quitter la ville, l’urbs, et admettre son statut d’étrangère littéralement expulsée par la vox populi).

L’histoire politique est aisèment reconnaissable : pour Bérénice, Racine se serait inspiré des amours malheureux de Louis XIV et de Marie Mancini (une étrangère… nièce du cardinal Mazarin!). La grandeur de Titus serait implicitement celle du Roi-soleil et cela n’a rien de très étonnant en ces temps de littérature de Cour…

De même, le grand art de Racine consiste à jouer parfaitement de la dichotomie scène/hors scène.

Ainsi Bérénice est contamment menacée d’expulsion. Pas par Titus, ni même par Antiochus, qui n’osent pas, par bienséance, lui rappeler son “étrangeté”. Mais par la plèbe romaine, “le peuple injurieux”, qui n’est autre que l’opinion publique. L’héroïne a parfaitement conscience de ce rejet populaire qui détermine in fine ses choix (IV, 5) :

Qui ? moi, j’aurais voulu, honteuse et méprisée/D’un peuple qui me hait soutenir la risée ?

Le génie dramatique consiste à associer cette expulsion à un enjeu scénique. Lorsque, à la fin de la pièce, Bérénice quitte la scène (pour rentrer en Palestine), elle cède à cette plèbe (et aux lois de Rome) qui ne pense justement qu’à la renvoyer chez elle, loin du cercle sacré de la Ville. L’espace scénique correspond à l’espace géographique impérial : celui-ci appartient à Titus-le-Romain qui s’est débarrassé de Bérénice-la-Palestinienne.

Or celle-ci ne tient sur scène que par la parole. Et fondamentalement, ce que n’ose lui dire Titus, c’est moins l’impossibilité de leur mariage que de… déguerpir. Parler, pour Bérénice, c’est demeurer sur scène (verbe omniprésent), c’est continuer à aimer. A contrario, se taire, c’est partir et abdiquer. Ce n’est pas un hasard si la pièce se clôt sur un tirade vibrante de Bérénice (puissamment déclamée par Carole Bouquet) qui quitte ensuite la scène, laissant Titus et Antiochus à leurs regrets éternels.

Et on comprend alors la symbolique tragique : Bérénice, l’orientale, la pulsionnelle, l’amante (et très sûrement… la séductrice) laisse place à la virilité et à la vertu romaine. La loi a vaincu le désir. L’apollonien a eu raison du dionysiaque. Racine est bien un auteur classique.

A voir et à relire.

Salon du livre de Paris 2008 du 14 au 19 mars

Participations au Salon du livre 2008

Le vendredi 14 mars :

1. de 16h à 17h, lieu : “La place des livres”

Participation à la conférence : “Les auteurs ont la parole : comment faire éditer un premier roman ?”. Descriptif : ici.

2. à 17h :

Signature d’Abreuvons nos sillons, stand Le Rouergue-Actes Sud, D52/F52

Le mardi 18 mars (nocturne)

à 20h :

Signature d’Abreuvons nos sillons, stand Le Rouergue-Actes Sud, D52/F52

Pourquoi les lycées (et les collèges) sont-ils construits comme des prisons ?

Pourquoi les établissements scolaires sont-ils construits comme des prisons ?

Voilà une question intéressante aussi bien pour les élèves que pour les enseignants.

antimanueldephilo.jpgMichel Onfray tente d’y répondre dans son Antimanuel de Philosophie en proposant des extraits conséquents de Deleuze, Bentham et Foucault.

On peut penser ce que l’on veut du personnage Onfray mais il faut admettre que sa thèse est convaincante, originale et historiquement crédible.

En gros, sa réponse à la question est la suivante : les établissements scolaires ressemblent à des prisons car ils constituent des lieux d’enfermement (au même titre que les prisons, les usines, les casernes, les hôpitaux psychiatriques…) où le Pouvoir limite les libertés individuelles (subversives donc dangereuses) et dresse l’animal social.

En évoquant la construction du Panoptique de Bentham (architecture pénitentiaire qui permet de “voir d’un coup d’oeil tout ce qui se passe dans une prison”), Onfray souligne les multiples formes de quadrillage scolaire.

Le Panoptique-scolaire s’organise autour d’un enfermement physique (l’élève est, souvent, obligé de demeurer assis, littéralement “à sa place”), temporel ( emploi du temps, du jour et de la semaine, calendrier, sonneries, récréations minutées…), architectural (salles numérotées, couloirs surveillées, place dans la salle de classe, et très régulièrement caméras de contrôles à l’entrée…) et pédagogique ( programmes à respecter, interrogations et… contrôles, notes et moyennes arithmétiques, barèmes comptables, conseils de classe et de discipline, sanctions, passages ou redoublement, créativité intellectuelle bridée, apprentissage basé sur la reproduction et l’imitation…).

Bref, l’Ecole quadrille la liberté individuelle au même titre que d’autres instances sociales répressives mais constitue également le moule premier de la soumission : elle prépare donc, au sens propre, à la vie sociale dans sa totalité.

Et c’est dans cet univers disciplinaire aux multiples facettes que Foucault considère que la prison Panoptique de Bentham est le modèle ultime de nos sociétés modernes :

“La fiscalité moderne, les asiles psychiatriques, les fichiers, les circuits de télévision et combien d’autres technologies qui nous entourent, sont la concrète application du [Panoptique] [...] Les lieux dans lesquels on a trouvé la tradition de connaissances qui ont amené à la prison montrent pourquoi celle-ci ressemble aux casernes, aux hôpitaux, aux écoles et pourquoi ceux-ci ressemblent aux prisons.”

La crise contemporaine de l’Ecole s’inscrit dans le cadre plus général de la crise des lieux d’enfermement comme l’usine, l’hôpital ou la prison.

Pourquoi ? Parce que selon Deleuze nous quittons une société de contraintes physiques pour entrer dans une société de contrôle. Les contraintes sont désormais intériorisées (auto-censure, quête de la performance, demandes de “motivation” et de “coaching” personnalisé…), pernicieuses (colliers electroniques, vidéo-surveillance omniprésente, drônes militaires en banlieue, quadrillage par satellites) ou soft et semi-volontaires (portables, wifi, facebook, gps : moyens apparemment inoffensifs de rester toujours disponibles, joignables et… repérables).

Autrement dit, l’Ecole de demain sera peut-être plus virtuelle (télé-enseignement, suivi individualisé sur le net), moins traditionnellement scolaire et rigide, mais plus que jamais sélective, omniprésente et tout simplement hyper-élitiste (elle demandera une “auto-motivation” de l’élève seul face à un écran…).

La démonstration d’Onfray est convaincante.

On pourrait lui objecter que l’Ecole est aussi, et avant tout, un lieu de transmission de savoir et donc, d’une liberté à venir. C’est un peu “à qui perd gagne” : l’élève renoncerait à une liberté immédiate et relative pour conquérir une liberté future et pérenne, celle de la connaissance et de la compétence professionnelle.

Cette objection est valable en théorie. Pas forcément en pratique, dans la mesure où l’on a jamais si peu enseigné et autant affronté de problèmes de discipline. De fait, malgré les protestations, le disciplinaire est le premier souci d’un système scolaire qui n’offre, trop souvent, qu’un mirage de liberté et d’émancipation.

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